Parentalité positive : 5 mythes et idées reçues13 min de lecture

La parentalité positive, nouvelle éducation à la mode ? Mais où est ce que cela nous mène ? Et si cela engendrait des dérives et nous créait un monde d’enfants-rois ?
Je décortique ici les fausses croyances les plus répandues sur la parentalité positive.

Pour rappel de mon précédant article : la parentalité positive appartient à l’éducation positive et est propre à la relation parent-enfant. Alors que l’éducation positive englobe toutes les relations adultes-enfants.

1 – Ne répondre qu’au besoin de l’enfant

Parfois, lorsque l’on veut être respectueux envers les besoins de son enfant, il est possible que l’on s’oublie soi. Ça peut arriver. Mais ce n’est pas ce que prône la parentalité positive.

En effet, la parentalité positive ou l’éducation positive pose ses bases sur un système démocratique. Les besoins de chacun sont donc importants et à respecter.

A moins que l’enfant soit un nourrisson et là oui, les besoins du bébé sont prioritaires. Et il faudra parfois différer ses propres besoins !

Mais dans tous les autres cas, le parent a le droit de voir ses besoins respectés sinon il y a peu de chance que le parent soit vraiment empathique et respectueux envers l’enfant. Car pour pouvoir l’être envers son enfant, il faut pouvoir l’être envers soi-même avant tout.

Et pourquoi ?

Si le parent ne s’écoute plus, ne ressent plus sa fatigue par exemple, il est très difficile d’être disponible à soi et donc à l’enfant. Pareil pour un besoin d’élimination physiologique, s’il est trop pressant, il est difficile de rester concentré donc d’être présent à soi et aux autres dans le moment présent. Autre exemple, avec un besoin de calme, s’il n’est pas pris en compte, la cocotte-minute risque de monter en pression avant d’éclater !!

Il est d’ailleurs primordial de prendre soin de soi. C’est un fondamental de l’éducation positive. Il est nécessaire de prendre du temps pour soi en tant que femme ou homme et pas que en tant que maman ou papa à 100%.

C’est une des difficultés de l’éducation positive. Répondre aux besoins de l’enfant ET de l’adulte, pas que de l’enfant ou pas que de l’adulte (autoritarisme). Il sera nécessaire de trouver des arrangements pour que les besoins de chacun soient assouvis.

2- L’image de la mère/famille parfaite dans la parentalité positive

D’après Marie Perarnau de La Maison des Maternelles dans cet extrait, et reprit par son acolyte Benjamin Muller dans Le cahier Education bienveillante, sur certains comptes Instagram on y voit des maisons parfaites avec des enfants parfaits et des parents parfaits (personnellement je n’ai pas pu le constater, je n’ai pas (encore… ? A suivre !) de compte Instagram !). De quoi donner des suées à tous les parents normaux et les décourager !

De quoi croire qu’on ne s’y prend pas bien ou que ça n’est pas fait pour nous! Alors j’ai 2 choses à dire là-dessus. La première c’est que les moments un peu délicats en famille ne sont pas photographiés et publiés ! Mais je suis quasiment sûre qu’il y en a forcément. A moins qu’ils aient réussi à contacter le monde des bisounours et dans ce cas je veux bien l’adresse 😉 !

La deuxième c’est qu’il faut lâcher, à tout prix, cette image de perfection que l’on veut tenir. Qu’elle soit pour s’en convaincre soi-même ou pour convaincre les autres ! Sinon c’est direction le burn-out !

Côté perfectionnisme, malheureusement, je sais de quoi je parle mais je me soigne ! 😉 Petit a petit, ça fait du bien de lâcher sur certaines choses (tout en gardant ses valeurs). De manière à survivre, à répondre à ses besoins (de repos par exemple), diminuer sa charge mentale et son stress.

Un exemple

Quand j’ai repris une formation pour me « former » (oui entre guillemets parce qu’on n’est pas vraiment préparé à ce qu’il va se passer en classe… !) au métier de professeur des écoles, j’avais déjà ma première fille. Ma mère me faisait comprendre de lâcher sur les produits ménager DIY (eh oui j’ai une culture écologique aussi…). Mais je ne voulais pas en démordre : « non je continuerai à les faire !!! Je peux le faire, y’a pas de raison !! Regarde c’est rapide à faire !»

Maintenant que la deuxième est née, que j’ai (toujours mais une autre) formation, le lancement de mon activité et toutiquanti, bon bah je commence à comprendre ce que me disait ma mère. Et pour ne pas sombrer j’achète mes pastilles de lave-vaisselle et ma lessive (bio !), et je reprendrais quand je pourrais!

Et le lien avec la parentalité positive ?

En fait, ça fonctionne de la même manière avec l’éducation de nos enfants. On fait de notre mieux, mais il y a des jours de moins bien, où l’on sera moins bienveillant et empathique. Pas besoin de s’auto-flageller pour ça. Cela arrive à tous et il faut accepter que l’on ne peut garder son calme et sa zenitude avec ses progénitures en toutes circonstances !

Personne ne nous demande d’être parfait, hormis nous-même. C’est pas toujours facile psychologiquement de lâcher sur certaines choses mais ça l’est dans notre vie quotidienne ensuite. Et comme je l’ai dit plus haut, il est nécessaire de prendre soin de soi, de sa santé et de son moral.

3 – Vous êtes trop fusionnels, il/elle ne saura rien faire par lui-même s’il/elle est trop couvé(e)

Je l’ai entendu celle-là alors que ma première fille n’avait que 3 mois. Je ne comprenais pas ! Trop fusionnel ? Hein ? Ça veut dire quoi ? Elle a 3 mois et je l’ai dans mes bras c’est ça être fusionnel ?

Maintenant, avec le recul, je comprends que nous n’avions pas la même définition de ce terme. Et que cette personne a certainement dû l’entendre, ou en a souffert de ne pas materner comme elle l’aurait voulu au fond d’elle. Parce que c’était une croyance très forte à son époque de jeune maman.

Petite définition…

Être fusionnel, factuellement parlant, ça veut dire que l’on se confond l’un dans l’autre, que l’on ne voit pas la frontière entre soi et l’autre. Par exemple quand on dit « ah oui, on aime ça le lait de maman! » alors que en l’occurrence ce n’est pas « on » mais l’enfant. Bon je vous l’accorde, ça nous arrive tous à un moment ou à un autre de dire « on » alors qu’on ne parle que de soi ou que de son enfant. Et il n’y a pas mort d’homme ! (Mais c’est pas mal de s’en rendre compte aussi 😉) Mais pour autant, si on arrive à se distinguer de son enfant, de le considérer comme une personne propre qui a ses propres besoins ou envies, par définition ce n’est pas être fusionnel.

Voilà, déjà vous pourrez être plus serein si vous entendez ça !

Mais d’où ça vient alors ?

La psychanalyse a mis en avant que l’enfant est un pervers polymorphe et qu’il fallait le castrer pour l’éduquer. Et cette croyance à la vie dure. Or, la théorie de l’attachement, qui est un des fondements de la parentalité positive, décrit l’enfant comme un être de besoin, un être relationnel. Il ne peut survivre seul et à besoin d’exprimer ses besoins pour survivre.

Et l’affection est un besoin primordial pour l’enfant (et pas que pour eux…!).

Une étude a même montré chez nos cousins mammifères les macaques rhésus (vous m’excuserez du raccourci ! 😉) que le besoin d’affection prenait le dessus sur le besoin de nourriture. C’est Harry Harlow qui a démontré ce fait en 1958 avec son expérience de la maman de fer et de la maman en tissu (attention pour les âmes sensibles, petit singe apeuré dans les débuts des 2 expériences (moi, ça me fend le cœur!😢)).

Pour en revenir à la théorie de l’attachement, elle considère que plus l’enfant est sécurisé, plus il pourra explorer par lui-même. Donc plus il est cocooné plus il s’éloignera sereinement de ses parents et plus il deviendra autonome…

Voilà, un autre argument à avoir dans sa besace si vous avez le courage d’argumenter ! Sinon rien que de le savoir, ça vous permettra d’être droit dans vos baskets et de ne pas vous écrouler sur cette remarque ! Pour moi, dans la majorité des cas ce n’est pas de la fusion mais de l’accordage affectif : vous êtes en train de créer un lien fort et sécure avec votre enfant.

4 – La parentalité positive, ça ne marche pas chez tous les enfants

Alors c’est vrai que quand c’est pris tard, on pourrait en douter. Il leur faudra un plus long temps d’adaptation. Si vous changez de style d’éducation, les enfants vont se méfier : « qu’est-ce que papa/maman traficote ? C’est pour mieux me punir derrière ! » risquent-ils de penser ! C’est pourquoi ils auront besoin que vous leur explicitiez votre démarche.

Ou même, dans mes 2 mois de professeurs des écoles, ça ne marchait pas avec les élèves. Je perdais pied et finissais par faire de l’autoritarisme. Après réflexion, j’ai émis l’hypothèse que si à la maison ils n’avaient pas les bases de cette éducation, c’était plus dur à l’extérieur. Quand ils ont l’habitude d’être punis pour chaque « bêtise », leur laisser de la confiance est nouveau pour eux et ça peut les déstabiliser. Car ils ont tendance à faire en cachette pour ne pas se faire attraper plutôt que de se responsabiliser sur leurs actes.

C’est aussi pour ça que j’ai voulu prendre le problème en amont pour aider les parents à adopter une parentalité positive, et que cela soit plus facile à l’extérieur.

Donc c’est vrai ?

Si on reprend l’idée reçue « cela ne convient pas à tous les enfants », je suis assez perplexe. Quel enfant ne voudrait pas grandir dans une famille qui prend en considération ses besoins ? Où il est responsabilisé ? Où il ne subit pas de violence physique et psychique ?

Mais je pense que ceux qui croient que ce n’est pas fait pour tous les enfants, ce sont ceux qui ne sont pas prêts à une éducation de ce type. En effet, les enfants éduqués dans l’éducation positive, comme ils évoluent dans un cadre démocratique, osent dire ce qu’ils pensent. Il s’affirme en tant que personne. Et ça, ça peut déstabiliser. Eh oui, on n’a pas l’habitude que les enfants donnent leurs avis, mais plutôt qu’ils se conforment aux nôtres ! Et pouvoir encaisser leur affirmation n’est pas simple quand soi- même on n’a pas été écouté étant petit. C’est biologique. On recommence les mêmes schémas (en général, mais je vous l’accorde, pas toujours !).

Mais biologique ne veut pas dire déterminisme. Et heureusement ! Sinon (quasiment) personne ne pourrait appliquer cette éducation ! En se faisant accompagner, en prenant confiance en soi et dans les capacités de son enfant, on peut devenir plus solide et mieux accepter les comportements naturels des enfants.

Car être autoritaire sur son enfant, c’est souvent lié à un manque de confiance et une peur de se faire dépasser par les événements.

Que l’on soit bien d’accord, je ne dis pas de laisser tout faire et tout dire à l’enfant ! L’enfant évolue au sein d’un cadre, respectueux certes, mais d’un cadre quand même. Avec des règles.

5 – Ça va en faire des enfants-rois !

Une des fausses croyances les plus répandues ! Car en effet l’éducation positive est souvent confondue avec laxisme. Mais comme je l’ai déjà décrit dans mon précédent article, ce sont deux éducations complètement différentes.

Ce qui donne cette impression là aussi à certaines personnes c’est qu’elles ont l’habitude de voir que les enfants soient punis pour leurs « bêtises ». Et que sans ça, les enfants deviendront mauvais (toujours le coup à cette fichu image de « pervers polymorphe » !).

Mais aussi, comme dit plus haut également (j’ai l’impression de me répéter mais en fait tout est lié !), les enfants ont leurs mots à dire et ça, beaucoup d’adulte n’en ont pas l’habitude et trouve que c’est de l’insolence ! Pourquoi ? Parce que c’est l’image qu’on leur a reflétée quand ils ont essayé quand ils étaient petits. Ils ont fini par croire que ce n’était pas possible qu’un enfant s’exprime ou s’affirme.

Eh oui c’est normal de penser ça comme on vit dans une société basée sur l’éducation à l’obéissance. Si on n’obéit pas, c’est qu’on est mal élevé. Oui, ça c’est ce que l’on a longtemps cru. Maintenant cette éducation commence à être remise en question. Obéir sans discernement à l’autorité juste parce que c’est l’autorité ? Est-ce que ce n’est pas ce qui a conduit à l’extermination des juifs sous Hitler ? C’est ce que l’expérience de Milgram a tenté de le démontrer. Si ça vous intéresse de creuser la question, voici un documentaire sur le sujet qui rejoue l’expérience de Milgram (attention aux âmes sensibles !) mais vis à vis de l’autorité médiatique. Pour vous montrer que toute forme d’autorité (quand elle est considérée comme légitime) peut engendrer des dérives quand on a été éduqué à l’obéissance.

Vers une société d’enfants-rois ?

Mais si on réfléchit autrement: pourquoi le conseil de l’Europe prônerait une éducation qui courrait à notre perte en créant une société d’enfants-rois ?

En réalité, les neurosciences le prouvent : éduquer chaleureusement et avec empathie les enfants les rendent plus autonomes et responsables. Ils ne vont pas devenir des enfants-rois et par la suite des adultes capricieux !

Mon mot de la fin :

Toute vérité franchit trois étapes. – D’abord, elle est ridiculisée. – Ensuite, elle subit une forte opposition. – Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence.

Apocryphe de Arthur Schopenhauer

Il faut savoir que toutes ces idées reçues sont véhiculées dans un esprit de bien faire : ces personnes ont peur pour l’avenir de leurs enfants s’ils ne sont pas éduqués comme ils l’ont été. Cela part d’un bon sentiment chez eux. Donc rien ne sert de batailler avec eux. Essayer de comprendre leurs points de vue et potentiellement les amener dans votre vision de l’éducation sera moins brutal. Et si ce n’est pas possible, gardez votre énergie pour la nouvelle génération plutôt que de vouloir faire changer les mentalités des anciennes générations.

Et vous, quels mythes ou idées reçues avez-vous ou avez-vous entendus à propos de la parentalité positive ? Dites-le-moi en commentaire !

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