L’éducation positive : qu’est-ce que c’est ?17 min de lecture

Positive

Positive ? « Ça veut dire qu’il y en a une négative ? ». Eh oui, c’est parfois ce que j’ai pu entendre en parlant d’éducation positive. Et ça peut se comprendre, ça peut être un brin culpabilisateur comme terme. Pour être honnête, j’ai longuement hésité à parler d’accompagnement en éducation positive. Je voulais lui trouver un autre mot. Un mot qui représenterait ce type d’éducation mais qui ne mette pas en porte à faux ceux qui ne la pratiquent pas et qui peuvent se sentir blessé par ce terme. Mais après tout, c’est le courant auquel je me forme actuellement. Et le conseil de l’Europe parle lui-même de parentalité positive en 2006 dans ses recommandations aux Etats Membres.

Alors, j’ai choisi d’assumer ce terme et de vous l’expliquer afin de sortir de cette culpabilité si vous ne la pratiquez pas. Car en effet, mon objectif ici, sur ce blog, n’est pas de vous culpabiliser. Mais de vous aider, vous – parents, futurs parents ou professionnels de l’enfance – à comprendre le fonctionnement des enfants pour améliorer votre relation avec eux.

Définition de l’éducation positive

En réalité, il n’est pas toujours aisé de trouver une définition de l’éducation positive.

Dans ces fameuses recommandations du Conseil de l’Europe, la définition de la parentalité positive est définie comme :
« « Parentalité positive » se réfère à un comportement parental fondé sur l’intérêt supérieur de l’enfant qui vise à l’élever et à le responsabiliser, qui est non violent et lui fournit reconnaissance et assistance, en établissant un ensemble de repères favorisant son plein développement. » (Recommandation Rec(2006)19 du Comité des Ministres aux Etats membres relative aux politiques visant à soutenir une parentalité positive)

En d’autres termes c’est une éducation qui entend et répond aux besoins des enfants ET des adultes.

Et l’éducation positive alors ?

La parentalité positive appartient au courant de l’éducation positive. La parentalité se limite, elle, à la relation parent-enfant. Alors que l’éducation est plus large et se rapporte à toute relation adulte-enfant.

C’est pourquoi, dans ce blog, je parle d’éducation positive et non de parentalité positive car mon souhait est d’accompagner, non seulement les parents et futurs parents, mais aussi les professionnels de l’enfance.

Car l’éducation ne s’arrête pas à la maison. En effet, quand on est dans une telle démarche, il est parfois frustrant de faire garder/scolariser son enfant dans un environnement différent. C’est pourquoi je choisis d’accompagner tout ceux qui ont trait à l’éducation des enfants. Je souhaite ainsi faire connaitre cette approche à un plus grand nombre.

Ses fondements

L’éducation positive est liée à la théorie de l’attachement de John Bowlby (1907-1990), pédopsychiatre et psychanalyste anglais.

La théorie de l’attachement ? Kézaco ?

D’après J. Bowlby, l’enfant est un être résolument social dès la naissance. Il a besoin d’un attachement à au moins une personne pour subvenir à ses besoins. Cette personne est la « figure d’attachement ». Si ces besoins sont assouvis par cette figure d’attachement de manière rapide et adéquate, l’enfant augmente sa sécurité de base. Il aura davantage confiance en sa personne propre.

L’éducation positive se base également sur les étapes du développement de l’enfant, sur la maturation du cerveau (bien documenté maintenant par les nouvelles découvertes en neurosciences affectives et sociales), et surtout sur les besoins de l’enfant. J’ai bien dit besoins, pas envies ! (cf prochain article) Il ne s’agit pas de dire oui à toutes les demandes des enfants !

En éducation positive, on considère, d’après la théorie de l’attachement, que le comportement inapproprié de l’enfant est lié à un besoin non assouvis. Il convient alors de chercher quel est ce besoin ou la cause du comportement pour le stopper.

Elle s’oppose alors à l’éducation traditionnelle qui pense en termes de caprices, de limites et de rapport de forces.

Pourquoi « positive » alors ?

Ce courant éducatif fait appel à la psychologie positive, d’où, entre autres, ce terme.

Et la psychologie positive, qu’est-ce que c’est me direz-vous ?

C’est un courant de psychologie qui s’appuie sur les forces de chaque individu. Il s’intéresse à ce qui rend les humains résilients, heureux et optimistes, et a pour objectif l’épanouissement de chacun.

« L’éducation positive, ça veut dire que tout le monde éduque son enfant de la même façon ? »

« Donc ça veut dire qu’on doit tous avoir la même éducation ? Moi je crois qu’il y a plusieurs éducations possibles. Je ne fais pas comme mon voisin et ça me va très bien comme ça ! »

En fait non, l’éducation positive ce n’est pas un cadre prédéfini pour tout le monde, que l’on doit suivre à la règle. Ce n’est pas une secte !! On ne nous dit pas comment éduquer son enfant, il n’y a pas une règle miracle pour chaque situation.

En revanche, cela donne des informations sur le développement de l’enfant et de son cerveau. Et cela permet ainsi de prendre les meilleures décisions pour soi et l’enfant dans les situations données.

Car oui, il y a plusieurs possibilités pour chaque situation, chaque enfant, chaque adulte en fonction de l’objectif voulu à ce moment-là.

Donc, non, cela ne veut pas dire que tout le monde réagira de la même manière et que tout le monde a la même éducation. Que ce soit pour une période de crise ou pour une gestion au quotidien.

Un exemple…

Chaque famille ou professionnel a ses objectifs ou ses valeurs et donc les règles seront différentes d’une situation à l’autre. Prenons un exemple :

Avec mon conjoint, nous avions décidé d’aménager notre environnement pour qu’il soit le plus sécure pour nos enfants sans avoir à les restreindre régulièrement de : « NON ! » quand ils commenceront à gambader partout (N.B. : qui renforce le fameux « terrible two »). Donc quand nous avons installé notre cuisine, nous avons pris un four à porte froide pour plus de tranquillité. Cela ne nous empêche pas de prévenir « Attention ! C’est chaud ! » quand on ouvre la porte du four pour qu’elles comprennent le danger des fours. Et également de les prévenir du danger si on va chez des amis qui n’ont pas cette sécurité là sur leur four. Voilà pour notre cas.


Maintenant, nous avons des amis qui, eux, ont pour priorité la sécurité. Ils ont donc décidé d’interdire à leurs enfants de s’approcher des fours. Et ce, qu’ils aient ou non une porte froide, pour qu’ils apprennent la dangerosité de l’appareil. Voilà l’autre cas.

Deux objectifs différents, deux règles différentes. Et les deux se valent. Et c’est comme ça pour tout.
Donc ce que nous voyons chez le voisin et qui pourrait nous paraitre du laxisme ou de l’autoritarisme a peut-être en fait des objectifs bien précis qui permet/ou ne permet pas certains actes.

« Tu ne jugeras point…! »

C’est aussi ça, l’état d’esprit associé à l’éducation positive : savoir changer de lunettes. Enlever celles du jugement de l’autre, pour mettre celles de l’acceptation du choix des autres. C’est sûr, ce n’est pas toujours simple au départ, ni même après.

Tout le monde juge, c’est humain.

Mais c’est un merveilleux outil qui permettrait d’éviter cette pression sociale !
Qui n’a pas réagi différemment de ce qu’il aurait fait s’il avait dû affronter telle crise à la maison plutôt qu’au supermarché (avec tous les yeux rivés sur nous pour savoir comment on allait se débrouiller de la situation) ?!


« L’éducation positive, c’est un nouveau mot pour laxisme en fait ? »

C’est ce qui est souvent assimilé malheureusement. Autant consciemment par ceux qui n’y croit pas, que autant inconsciemment par certains qui le pratique.

Qu’est-ce que je veux dire par là ?

Le laxisme « inconscient »

C’est qu’au titre du respect des droits de l’enfant, il arrive que tous les droits (ou presque) soient donnés à l’enfant, puisqu’on croit que c’est cela l’éducation positive.

C’est d’ailleurs ce qu’a éprouvé Benjamin Muller de La Maison des Maternelles et qu’il raconte dans cette vidéo.

Pour être bien clair, mes propos ne sont ici nullement des jugements. En effet, je veux simplement vous mettre en évidence ce phénomène. Car l’éducation positive c’est un dosage à avoir. Et il n’est pas forcément évident quand on commence à le pratiquer (ni même parfois après… !).

En effet, quand on sait- par exemple – que si on n’aide pas à calmer notre enfant sous stress, cela va lui engendrer une forte dose de cortisol. Et que ce cortisol ne sera pas bon à long terme pour son développement cérébral et sa confiance en soi plus tard, bah… on n’a pas trop envie de le laisser pleurer. Ou même de le laisser avoir des frustrations et des colères… Et du coup on le surprotège. Voire on capitule plus vite pour quelque chose que l’on ne voulait pas au début. Et cela, tout en pensant que c’est bon pour notre enfant, (puisqu’on ne veut pas que ce cortisol s’accumule dans le cerveau de notre enfant !!). C’est pour cela que je dis inconsciemment.

Honnêtement, dans certaines situations, ça m’est parfois arrivé aussi. Donc je ne juge vraiment pas, je décris seulement ce qui peut arriver parfois (inconsciemment).

En fait, la formation que je réalise actuellement pour pouvoir vous accompagner dans cette démarche m’a fait prendre conscience de cela. Et je remarque vraiment que, étant donné que ce n’est généralement pas un schéma dans lequel nous avons grandi, cela n’est pas inné. Une aide pour y voir plus clair et conscientiser certains phénomènes n’est alors pas du luxe !

Le laxisme « conscient »

Revenons-en à l’assimilation de l’éducation bienveillante au laxisme (de façon consciente cette fois). Pour déconstruire cette idée, j’aimerais vous présenter une métaphore souvent utilisée par I. Filliozat: l’image de la « casserole de lait qui bout sur la plaque de gaz ». Et cela, pour vous faire comprendre la différence entre toutes les types d’éducation qui sont:

  • l’éducation traditionnelle: basée sur l’autoritarisme, c’est l’adulte qui décide,
  • le laxisme: basé sur le laisser faire, c’est l’enfant qui décide,
  • l’éducation positive: basé sur le respect des besoins de l’enfant et de l’adulte.

La métaphore lu lait qui bout, sur ces 3 éducations, ça donne ça:

  • l’éducation traditionnelle: on met un couvercle pour éviter que le lait déborde. Ça arrête temporairement le lait de déborder mais ça brule au fond.
    ==> On essaye d’arrêter le comportement gênant de l’enfant sans comprendre la cause.
  • le laxisme: on s’en va et on laisse le lait déborder. Au bout d’un moment il n’y aura plus de lait qui déborde puisque tout aura coulé !
    ==> On laisse l’enfant avoir son comportement gênant jusqu’à ce que ça cesse.
  • l’éducation positive: on cherche le bon bouton pour éteindre le feu.
    ==> On essaye de comprendre la cause du comportement gênant pour le faire arrêter.

On voit donc la différence entre le laxisme et l’éducation bienveillante. Ce n’est pas du tout le même objectif ni la même manière de procéder.

« Mais les enfants ont besoin de limites ! »

En réalité non, les enfants détestent les limites. Et ils se donnent parfois à cœur joie de ne pas les respecter ! Par contre ils aiment les règles. Et c’est plutôt d’un cadre qu’ils ont besoin pour se sentir en sécurité mais pas de limites.

Quelle différence me direz-vous ?

Les limites sont plutôt des injonctions pour ne pas faire çi ou ça.
Le cadre, lui, est un ensemble de règles, érigées de manière affirmative, qui indique à l’enfant ce qu’il peut faire dans l’environnement défini (vous vous souvenez dans la définition du Conseil d’Europe, le fameux « ensemble de repères favorisant son plein développement » ? bah c’est ce cadre en fait!).

Encore trop flou? Alors, je vais vous schématiser à quoi ressemble un cadre en éducation:

Prêt ?

Commençons ! Alors, imaginez un cadre, à peu près comme ceci :

Ok, maintenant, imaginons que 3 des 4 côtés représentent des règles :

Côté de gauche : celles liées à la sécurité et celles fixes qui sont préexistantes à l’enfant (exemples : on regarde de chaque côté de la route avant de traverser un passage piéton; on reste loin du four… )

Coté du haut : celles liées aux lois de la société (exemple : On s’arrête au feu rouge.)

Côté de droite : les règles autres pour lesquelles le résultat ne changera rien ou pas grand-chose à l’adulte (exemple : « Ma chérie, il fait chaud aujourd’hui, tu veux mettre cette jupe ou ce short ? »)

Et le dernier côté alors ?

Côté du bas : représente la place de la liberté accordée à l’enfant (liberté dans ses actes, dans ses choix, dans sa façon de faire…)

Alors, maintenant, imaginons ce cadre un peu plus clair. Traçons ensuite les traits en plein quand ce n’est pas négociable avec l’enfant. Puis, en pointillé quand ça l’est. Et, pour finir, pas de trait quand le choix est libre pour l’enfant.
Voilà alors ce que ça donne :

cadre en éducation positive
Le cadre en éducation positive

Voilà, est ce que vous y voyez un peu plus clair sur la différence entre cadre et limites?

Les limites sont plutôt utilisés en éducation traditionnelle.

« Bon alors, ça me sert à quoi cette éducation positive si ça ne m’apporte pas de solution miracle ? Qu’est-ce que j’y gagne ? »

Alors, en effet, comme je l’ai dit plus haut, il n’y a pas de règles miracles. Même s’il faut bien avouer qu’il y a quand même quelques astuces géniales qui simplifient certaines choses (comme la coopération de l’enfant par exemple).

Alors pourquoi pratiquer ce type d’éducation ?

Parce que les neurosciences ont prouvé les effets délétères ou inefficaces à court, moyen ou long terme d’un système répressif et punitif.

Parce qu’elles ont prouvé aussi que les relations empathiques amélioraient le développement du cerveau de l’enfant, du point de vue des capacités émotionnelles comme affectives.

Rien que ça, ça ne fait pas rêver ??? Je ne sais pas vous, mais moi, ça m’avait convaincu !

« Et donc concrètement, ça veut dire quoi ? Qu’est-ce que j’y gagne d’y adhérer ou non ?! »

Au long terme…

Au long terme, ça voudra dire que vos enfants (ou ceux que vous gardez) deviendront des adultes empathiques, responsables, autonomes et confiants.

Et tout ça, sans avoir reçu de fessées ou d’humiliations pour forger le caractère. Ce n’est pas cool ça ? Parce que qui, franchement, aime donner la fessée ou punir son enfant ?

Et une société remplie d’adultes empathiques, responsables, autonomes et confiants, qu’est-ce que ça donne ??? Je vous le donne en mille : une société plus apaisée ! (Des gens qui font attention à eux, aux autres, à l’avenir des autres et à la planète…. Wahoo ça me fait rêver !)

A court terme…

A court terme, ça vous permettra, à vous, d’avoir une autre vision de l’enfant (autre changement de lunettes !), de le comprendre et de moins s’agacer dans les périodes de crise (j’ai bien dit moins, pas plus du tout ! On reste des humains avec des émotions et des neurones miroirs aux taquets ! Mais bon ça c’est pour un prochain épisode… !).

Moins d’agacements et de cris de l’adulte, ça veut dire moins de cris de l’enfant. Ou dit autrement, un adulte plus serein dans ses choix éducatifs, ça veut dire un enfant plus cool. Un enfant qui a moins d’anxiété ou d’énervement à absorber.

Donc des repas plus cools, ou des couchers plus cools… ce n’est pas cool ça ? Bon ok, je ne veux pas vous vendre du rêve, ce n’est pas le monde des bisounours non plus. Cela reste compliqué parfois.
Il peut quand même y avoir des situations conflictuelles récurrentes. Et là, il faudra gratter un peu sous la surface pour comprendre ce qui se passe et pouvoir ainsi améliorer la situation. Car oui, c’est une éducation exigeante. En effet, elle prend parfois plus de temps que le classique « rapport de force » où l’enfant n’a pas son mot à dire pour stopper des comportements dérangeants.

Et à moyen terme…

En gros, ça apporte des relations plus apaisées, plus sereines, avec moins de tensions. Ça permet aussi de sortir du rapport de force adulte-enfant. Ainsi cela amène à des enfants plus épanouis, plus confiants, plus autonomes, plus empathiques, plus respectueux et plus responsables. Que dire de plus ? Ah bah oui, du coup, ce sera alors moins de stress éducatif et plus de plaisir dans son métier de parent ou de professionnel de l’enfance !


Mon mot de la fin :

Mon idéal sera atteint quand, à la place de parler d’éducation positive, on parlera d’éducation. Et qu’à la place d’éducation traditionnelle, on parlera d’éducation d’antan. Suis-je idéaliste ? Peut-être diront certains, et je ne les blâmerais pas. Mais peut-être pas tant que ça… En effet, plusieurs nations se sont lancées dans le pari et ont déjà réussi ce changement. C’est le cas des pionniers suédois, entre autre, qui ont abolit les violences éducatives ordinaires il y a 40 ans maintenant (et, en plus, sans les connaissances en neuroscience que l’on a actuellement !). Et dans cette société, comme le montrent Marion Cuerq et Elsa Moley dans leur documentaire Même qu’on nait imbattables, les enfants ne connaissent pas les mots « claque » ou « fessée ». Et les enfants-roi sont les enfants de la famille royale. Rien d’autre.

L’éducation positive en résumé :

résumé éducation positive

Laisser un commentaire